01 juin 2007
Eneko 9
Eneko
Je me suis réveillée quand elle est sortie de ma chambre. Pas un mot, elle s’est enfermée dans la salle de bain. Je me suis senti coupable. Coupable d’être responsable de la situation délicate dans laquelle je l’avais mise. Enfin, je ne l’ai pas forcé à s’allonger à côté de moi non plus.
Je me suis assis dans la cuisine, Lou m’a rejoint. Un regard qui n’était pas désolé, qui ne regrettait rien, mais qui n’encourageait pas non plus. Sophie a vanné un peu. Je suis parti à la fac sans lui dire un mot de plus.
Texto à midi : « je déjeune chez Damien. On sort ensemble, nous deux, on oubli ». Paf. Comment une littéraire remet en place un dom Juan de droit civil ? En deux mots. On oublie. Julien m’a invité à passer la soirée à son appart. Pizza DVD.
-Tu me raconteras tes malheurs mon petit biquet !
14 avril 2007
Eneko 8
Eneko
Je l’ai imaginé toute la soirée dans les bras de son artiste. Toute la soirée, dans ma chambre, j’ai pensé à ce qu’il avait pour lui plaire. Je ne sais pas qui est ce type mais je le déteste. De la bonne vieille jalousie comme j’en avais pas ressenti depuis longtemps. Un truc qui prend aux tripes et qui te bouffe de l’intérieur.
J’ai essayé de rester éveillé jusqu’au retour de Lou, mais j’ai fini par m’endormir.
Ce matin, je suis parti le premier de l’appart, Florian était encore sous la douche, Sophie dormait encore et je ne sais pas si Lou est rentrée hier soir. Je me suis traîné jusqu’à la fac, où Julien, mon voisin d’amphi m’a complimenté sur ma tête de déterré.
-T’as fais la bringue hier soir où une nana t’en a fait voir de toutes les couleurs ? me demande-t-il.
-Pas envie d’en parler.
-Oula, c’est une nana alors ?!
-Lâche-moi Julien.
-Je la connais ? Elle est dans la promo ?
Je sors mes cours et fais mine de m’y plonger avec attention. Julien continue de me harceler jusqu’à l’arriver du prof.
Au milieu du cours, je sors mon portable. J’ai deux texto non lus. Lou ? Le premier est de Sophie. « Fau kon parl ce soir » Non, pas envie de parler. Le deuxième est d’un pote de lycée, Nicolas qui propose qu’on se voit ce week-end. Il organise une soirée pour son anniversaire.
La fin du cours arrive, et je me dirige avec Julien à la machine à café. Quelque chose de fort pour tenir les yeux ouverts. Mon téléphone a de nouveau vibré, me signalant un nouveau message. Lou ? Perdu, encore Nicolas, qui me précisait l’heure de la soirée.
22 mars 2007
Sophie 7
Sophie
Il y a quelque chose que j’ai loupé… ? Enek est silencieux… pas normal !
-Je suis à la bourre, je rentrerais un peu tard ce soir, je vous expliquerais plus tard !
Coup d’œil à la montre. Merde, mais comment je me débrouille pour toujours être à la bourre quand j’ai du temps le matin ? Je vais encore me faire remarquer par le prof de civilisation…
J’accélère un peu le pas quand un vélo me frôle et fait tomber la bretelle de mon sac. Mon trieur glisse du sac se retrouve sur le trottoir, la moitié de mes cours gisant dans le caniveau. Je crois qu’un petit « connard » est sorti de ma bouche. Je me baisse pour ramasser tout ça, quand le type à vélo revient sur ses pas, pied à terre. Jeune homme, la vingtaine, baladeur sur les oreilles.
-Pardon, je suis désolé, ça va aller ?
-Non ! J’ai cours dans 5 minutes, et la moitié de mes cours ont pris la flotte, alors non ça ne va pas aller !
Il m’aide à rassembler les feuilles et me tend le paquer avec un petit sourire désolé. Un petit sourire désolé et charmant…
-Euh… je peux… je peux vous donner mon numéro, au cas où il y aurait besoin de ma signature pour prouver que vous auriez été à l’heure en cours ?
Nan ! Un dragueur, c’est bien ma veine ! Il griffonne vite fait un numéro de portable sur mon cours d’anglais et enfourche son vélo après m’avoir souhaité une bonne journée, et conseillé de courir sur le chemin.
Alors évidemment… je suis arrivée en retard, mais avec un sourire sur les lèvres.
11 février 2007
Lou 5
Lou
Je suis partie à la fac dans un état épouvantable. La crise d’Enek m’avait touché de façon très étrange. J’ai appelé Damien, l’ami de Sophie le soir même. Il m’a expliqué très succinctement ce qu’il attendait de moi. Il n’a pas clairement dit qu’il ne demandait pas de nu. Il m’a donné rendez-vous demain après mon dernier cours de la journée. Si Enek n’avait pas eu cette réaction, j’aurais sûrement décliné la proposition. Mais, là je ne peux plus refuser, il aurait l’impression que je l’aurais écouté. C’est pourtant simple à comprendre, j’ai envie qu’il m’oublie !
En arrivant à la fac, j’ai envoyé balader tout le monde, pour me retrouver isolée au fond de la salle de cours. Mon portable a clignoté au milieu du cours, et j’ai discrètement lu le message. Enek.
« On déjeune ensembl ce midi ? je pass te prendr a 12h30 ds le hall »
Ok, alors là je crois à ce que m’a dit Amélie. Il me fait un plan drague. Ma réponse :
« Tu rèv. Lach moi la grap »
Sa réponse :
« tu men veu ? jvoulé m’excusé »
Ma réponse :
« on se voi ce soir à l’apart tu me lechera les orteilles laba »
26 décembre 2006
Lou 3
LOU
Sophie est rentrée au milieu de la nuit, un peu bruyamment. Je crois que c’est Florian qui s’est levé pour s’occuper d’elle, et ramasser le bordel qu’elle avait mis dans le salon en essayant de trouver la cuisine. Elle avait du boire un peu. Enfin, elle avait dut boire chez Lucie, car même dans le noir, la cuisine est facile à trouver en longeant les murs.
Non, je maintiens que Florian est un type bien. Se lever pour s’occuper de sa coloc à 2h du mat, peu de mec l’aurait fait.
Je suis partie à la fac alors que tout le monde émergeait encore à l’appart. Florian avait besoin de récupérer un peu après une nuit agité, Sophie se traînait une sacrée gueule de bois. Elle a avoué à Florian que la soirée chez Lucie s’était finie au gin et à la vodka. Et Enek… bah Enek s’est accordé une grass’ mat’ parce que… Parce qu’il en avait envie.
J’aimerai que l’on note cette situation pour démentir la rumeur « les étudiants en lettres sont de glandeurs » : Non, les étudiants en lettres ont du travail perso aussi.
Paf, cours de littérature française annulé. Ok, les étudiants en lettres en font peut être un peu moins que les autres. Sur ce, Amélie m’a prié de l’accompagner à la jardinerie en bordure du quartier. Elle voulait acheter des graines pour une plantation de balcon. Moi, sur le principe, no problème. Pendant qu’elle farfouille dans le rayon des graines, je vais traîner du coté de l’animalerie.
Flânerie du coté des chiots, je passe devant les oiseaux qui piaillent comme des dingues, et j’arrive devant les poissons. Les poissons tropicaux et les vulgaires poissons rouges aussi. C’est là que j’assiste à une scène. Un papa, avec son fiston d’une dizaine d’année, tient un sac plastic transparent, où une poiscaille totalement affolée se heurte aux parois. Et le papa, il est pas content du tout du tout.
-Comment vous ne pouvez pas le reprendre ? C’est mon fils qui l’a acheté avec son argent de poche, il ne se rendait pas compte de l’investissement que ça demandait !
-On ne reprend pas les animaux monsieur.
-Ce poisson n’a même pas de bocal, pas de nourriture à la maison ! Il va passer sa vie dans un bocal à confiture ! Dite que ça vous est égal ?! Ma femme refuse que notre fils garde l’animal à la maison. Si vous ne le reprenez pas, il partira dans les WC.
-Je suis vraiment désolé, mais je ne peux pas reprendre le poisson.
J’ai hésité 30 secondes avant d’aller voir le trio, le gamin en larme derrière son père.
-Je vous le prends. Et vous me faite un petit prix pour un bocal ?
01 décembre 2006
Lou 2
Lou
Quand Enek m’a fait son speech, je n’ai pas pu m’empêcher de pense au vide sentimental contre lequel je me bat depuis ma dernière rupture. Ce petit arrogant de coloc touchait une corde sensible, il en était conscient, mais il ne savait pas à quel point. Alors quand j’ai marqué le coup par mon silence, il s’est senti con. Et il est redevenu le type charmant que je supporte à l’appart. Nous sommes allés déjeuner au Ru, au milieu du brouhaha, il m’a raconté quelques vannes, des aventures de son expérience de barman cet été dans le café de son oncle, il m’a fait parlé comme si ça l’intéressait, et je me suis prise au jeu de la discussion sans intérêt. Une discussion entre copains. A la fin du repas, en déposant nos plateaux, il m’a tenu par l’épaule le temps que nous arrivions dans la rue, et nous sommes repartis chacun de notre côté, à nos études respectives en marmonnant un « à ce soir à l’appart ».
Ce n’était donc pas un plan drague, mais simplement une forme d’excuse pour ce matin. C’est du moins ce que je veux en retenir. Amélie était persuadée du contraire.
-T’as les yeux bandés ou quoi ?
-C’est peut être ça, mais il y a tout un tas de raisons qui font que c’est comme ça que ça doit être. Ça ne passerait pas à l’appart si il devait y avoir une relation. Et puis il n’y a pas de sentiment, ni de son côté ni du mien.
Amélie me regarde avec un sourire lourd de sous entendu.
-Amélie, tu rajoutes le moindre commentaire, tu te débrouilles toute seule pour le dossier de littérature médiévale !
-Très bien, très bien.
Nous entrons dans la salle de cours quand je l’entends me glisser à l’oreille :
-Tu te voiles quand même bien la face…
-Amélie !
28 novembre 2006
Eneko 2
Enek
Ah oui, on ne pouvait pas faire plus éloigné du plan drague. Inviter une fille au RU pour discuter avec elle. Vous êtes sur que votre plan tombe à l’eau. Si vous êtes un type normal. J’ai la prétention de penser que même dans ce décor hostile, j’arriverai à faire craquer une nana. Mais ce n’est pas le cas ce midi. Croyez le ou non, mais je n’ai pas vraiment de vue sur Lou. La littéraire de l’appart est trop sauvage. Je préfère les filles grande gueule et « grave open ». Avec du caractère.
Lou, c’est une sorte de maman. Non, pas une maman, mais l’esprit responsable. En fait, je la verrai bien avec Florian, notre petit garçon tout sensible. Florian a décoré sa chambre en vert. C’est dingue tout ce vert, on dirait la tanière d’un militant écolo. Un grand poster vert et puis plein de tapis vert. Il a accroché un gros lézard en peluche le long de son mur pour garder un œil sur son enfance. Ça le branche tout ce genre de référence à l’enfance, tout en se targuant de prendre sa vie d’adulte très au sérieux. Un psy aurait sûrement des choses à dire là-dessus. Il est flippant parfois ce type.
En revenant à Lou, je ne sais pas exactement pourquoi je lui ai proposé de déjeuner avec moi. Je suis même étonné qu’elle ait accepté après mon comportement de ce matin. Je devrais m’excuser ? Je ne pense pas. Si elle est un peu futée, elle aura compris le message derrière mes remarques. C’était de l’attention, ça ne se voyait pas ?
Je suis passé la prendre à sa sortie de cours, me sentant un peu déplacé au milieu de toutes ces nanas. C’est vrai, y a pas un seul type qui s’intéresse un peu à la littérature dans cette ville ?
-Alors, tu as faim ? Je t’emmène dans le resto le plus chic de la ville ma chère !
-Tu emmènes toujours tes conquêtes au resto universitaire ? Ou c’est une fleur spéciale que tu me fais ? me répond Lou.
-Ah ? Tu te considères donc comme une de mes conquêtes ?! Mais c’est de la drague ou je ne m’y connais pas ! Lou, on avait dit pas de drague entre colocs ! Tu franchis tous les interdits !
Je fais une pause pour sourire et voir sa réaction et je continue sans la regarder, comme si j’étais gêné.
-Je savais bien que tu avais des sentiments pour moi, dès le premier jour je l’ai senti ! Oh, et puis tu sais, j’aime bien les filles qui osent franchir les barrières et les interdits qui sont fixés. Aujourd’hui tu brises le tabou éternel qui empêche deux colocs d’éprouver des sentiments l’un pour l’autre !
-Enek, tu ne peux pas t’empêcher de déraper quand tu es parti. Arrête ça tout de suite…
-Ou quoi ? Ou tu plantes notre rendez vous galant au resto U ?
Lou s’est arrêtée devant la fac sans rien dire. J’avoue que je suis un peu déstabilisé par son silence et son manque de réaction.
-Lou ? Je déconne.
Elle tourne les talons.
-Lou ? Nan, s’il te plait, fais pas la tête.
Je la rattrape par le bras et me met devant elle. Je crois qu’elle tremble un peu. Là, je sens que je suis passé « out-line ».
-Ok, ok, excuse moi. Voila, je m’excuse. C’est ce que je t’ai dit qui te met dans cet état ?
Ah, si elle se met à pleurer, je ne réponds de rien ! Je n’ai jamais su gérer les larmes d’une fille. Même pas celle de ma sœur, alors pour une coloc, je sais encore moins comment faire ! Elle ne bouge toujours pas, les yeux un peu dans le vague, mais heureusement, toujours secs.
-Enek…
-Ouais je sais. Ta gueule. Ok, je me la ferme et on va manger tranquillement. Je crois que tu as besoin de discuter avec ton charmant, et néanmoins boulet de coloc.
Elle
croise deux secondes mon regard et m’emboîte le pas en silence.
24 novembre 2006
Lou 1
Lou
Enek a été infect ce matin. Il peut être adorable, mais dans ces mauvais jours, je préfère ne pas être dans sa ligne de mire.
Je suis partie énervée à la fac, et arrivée là bas, je me suis aperçue que j’avais oublié un livre important sur mon bureau. Enek était peut être encore à l’appart et pourrait me l’apporter ?
-Enek ?
-Tu veux me présenter des excuses ? C’est pas la peine, on se fera un gros câlin ce soir, et on oubliera.
-Enek, ta gueule. T’es encore à l’appart ?
-Nan, on attend le prof, je suis dans l’amphi.
-Bon, je vais débrouiller autrement. Salut.
-Attend ! Lou ? Tu finis à quelle heure ce midi ? T’as du temps pour manger au RU avec moi ?
C’est quoi ça ? Un plan rancart ?
-J’ai deux heures de pause. Je finis à 11H30.
-Très bien, je passe te prendre à ta sortie de cours et on déjeune ensemble. Salut.
Franchement, je me demande quel est le coup tordu qu’il me prépare.
-Ton coloc te fait un plan drague ? me demande Amélie, mon amie littéraire.
-C’est un lourdingue, il a pas du avoir son quota de vannes ce matin, il va se déchaîner ce midi.
-Il te demande où tu étais hier soir, il t’invite à déjeuner avec lui… C’est plutôt clair… En plus, niveau physique, il est pas mal loti…
-Non. Enek est un dragueur mais on a mis les choses au point dès le début de la coloc.
-Comme tu veux, soupire Amélie. Un beau mec te tourne autours et toi tu ne vois que des pensées négatives… C’est désolant.
18 novembre 2006
Sophie 1
Sophie
Après la scène de la salle de bain, je suis partie en courant à la fac. Je devais arriver à l’heure pour ce cours. La prof nous faisait une traduction qui comptait pour les exams. Il est bien gentil Eneko, mais il ne comprend pas les priorités. Les priorités d’une femme sont de passer par la case salle de bain avant de partir en cours.
En arrivant à la fac, on m’a dit que la prof était absente. Je n’ai même pas crié. Lucie, mon amie de cours m’a accompagné à la bibliothèque et on a bossé toute la matinée sur une version anglaise. Ce soir j’irai à mon cours de sport pour oublier tout ça.