22 avril 2007
Florian 9
Florian
J’ai dit à Sophie que j’aimais les hommes. C’est plutôt bien passé. J’aurais pensé que je l’aurais dit à Lou en premier, mais vu les circonstances, la littéraire se fait plutôt discrète à l’appart. Quand je suis parti de l’appart ce matin, je l’ai croisé très vite sortant de sa chambre, elle n’avait visiblement pas envie d’évoquer sa soirée. Pas de nouvelle, bonne nouvelle ?
Sophie prenait son petit-déj quand je suis entré dans la cuisine.
-T’as appeler ton charmant inconnu ?
-Non ! J’ai résisté ! Mais je vais le faire très bientôt.
-Lou t’a parlé ce matin ?
-Non, pas un mot. Tu crois que je devrais aller parler avec elle ?
-Non, elle viendra nous en parler quand elle voudra.
Sophie finit son bol de thé et il lui vient un petit sourire sur le visage.
-Alors comme ça… le coiffeur près de la fac te plait… ?
-Tout à fait mon style, mais il est pas de mon bord.
-Comment tu le sais ?
-Sa copine vient le chercher à 19h le soir.
-Ah oué. Pas de bol.
J’ai dit ça pour qu’elle me foute la paix. Il n’a pas de copine. Du moins, je ne l’ai jamais vu. Et mon sixième sens de gay, j’ai l’impression qu’il est plus branché mec que nana…
14 avril 2007
Eneko 8
Eneko
Je l’ai imaginé toute la soirée dans les bras de son artiste. Toute la soirée, dans ma chambre, j’ai pensé à ce qu’il avait pour lui plaire. Je ne sais pas qui est ce type mais je le déteste. De la bonne vieille jalousie comme j’en avais pas ressenti depuis longtemps. Un truc qui prend aux tripes et qui te bouffe de l’intérieur.
J’ai essayé de rester éveillé jusqu’au retour de Lou, mais j’ai fini par m’endormir.
Ce matin, je suis parti le premier de l’appart, Florian était encore sous la douche, Sophie dormait encore et je ne sais pas si Lou est rentrée hier soir. Je me suis traîné jusqu’à la fac, où Julien, mon voisin d’amphi m’a complimenté sur ma tête de déterré.
-T’as fais la bringue hier soir où une nana t’en a fait voir de toutes les couleurs ? me demande-t-il.
-Pas envie d’en parler.
-Oula, c’est une nana alors ?!
-Lâche-moi Julien.
-Je la connais ? Elle est dans la promo ?
Je sors mes cours et fais mine de m’y plonger avec attention. Julien continue de me harceler jusqu’à l’arriver du prof.
Au milieu du cours, je sors mon portable. J’ai deux texto non lus. Lou ? Le premier est de Sophie. « Fau kon parl ce soir » Non, pas envie de parler. Le deuxième est d’un pote de lycée, Nicolas qui propose qu’on se voit ce week-end. Il organise une soirée pour son anniversaire.
La fin du cours arrive, et je me dirige avec Julien à la machine à café. Quelque chose de fort pour tenir les yeux ouverts. Mon téléphone a de nouveau vibré, me signalant un nouveau message. Lou ? Perdu, encore Nicolas, qui me précisait l’heure de la soirée.
12 avril 2007
Lou 8
Lou
Je suis arrivée chez Damien, le cœur me battait trop fort et je me suis arrêtée pour me calmer avant de sonner chez lui.
-Lou ! Ça n’a pas l’air d’aller ?
-Une petite contrariété avant de partir, ce n’est pas grave.
Il a baissé les yeux quelques secondes avant de proposer de prendre mes affaires. Il a installé ma veste et mon sac dans l’entrée et m’a invité à passer dans son atelier. Rien n’avait changé. Le même bordel artistique.
-Qu’est ce que tu veux dessiner ce soir ? je lui ai demandé.
-Des croquis de femme.
-Ce n’est pas le même projet que la dernière fois ?
-Non, je l’ai rendu ce matin.
Il déambulait dans son atelier, ramassant un pot de peinture, une toile vierge, dégageant un tabouret et puis est allé augmenter le chauffage. Damien est ensuite venu se mettre derrière moi. Je regardais l’un de ses carnets de dessin. J’ai senti sa main sur mon épaule.
-J’aimerai que tu enlève ton pull.
J’ai senti mon cœur reprendre sa course et me suis exécutée. Sa main est descendue sur ma hanche. La deuxième est venue la rejoindre. Il m’a attirée doucement contre lui. Sa main est remontée jusqu’à ma nuque et il m’a embrassé. J’ai enfin posé mes mains autour de sa taille.
Le reste de la soirée a été faite de dessins. J’ai posé pour lui pendant quatre heures. Habillée, et un peu moins habillée. En sous vêtement. Je ne suis pas allée plus loin. Il m’a proposé de rester dormir chez lui, mais j’avais besoin de rentrer mettre mes idées au clair.
09 avril 2007
Sophie 8
Sophie
Ambiance tendue avec notre amoureux transi. J’avoue que j’ai du mal à comprendre son comportement… Enfin, je fais confiance à notre Don Juan, il se sortira de cet épisode la tête haute. Tant qu’il ne touche pas à Lou, je suis prête à le laisser faire ce qu’il voudra. Mais qu’il ne fasse pas de mal à Lou. On a l’impression que la petite littéraire est forte comme ça, mais j’ai passé des soirées à sécher ses larmes à cause d’un pauvre type qui lui en avait fait voir de toutes les couleurs. Alors qu’Enek ne soit pas un nouveau briseur de cœur.
…
Je l’appelle ? Non ! J’attends au moins deux jours. Ou un jour et demi. Au moins demain. Et qu’est ce que je vais lui dire ?
-Florian !
-Nan, Sophie j’essaie de bosser.
-Juste un conseil ! Qu’est ce que je peux lui dire si je l’appelle ?
-Tu lui dis ce que tu veux, je ne suis pas à ta place, je ne le connais pas.
- Moi non plus je ne le connais pas.
Florian pousse un soupir et pose son stylo.
-Sophie, je ne peux pas m’occuper de tous les problèmes de cœur de l’appart. S’il te plait.
Je m’assois sur son lit. C’est vrai qu’entre Lou et Enek, je n’ai peut-être pas besoin de venir le soûler avec mon bel inconnu.
-Et toi, mon cher ? Au niveau de ton petit cœur ? Tu ne nous as ramené personne depuis la rentrée. Pourtant je dois te dire que dans la promo, il y a quelques nanas qui te tomberaient facilement dans les bras.
Il se replonge dans son bouquin.
-Tu n’es pourtant pas si timide que ça d’habitude ?
-Je ne suis pas timide.
-Alors va en voir une. Marion, elle est mignonne non ? Tu préfères les blondes ? Magali alors ? L’autre jour elle te matait dans l’amphi, t’es le seul à pas l’avoir vu ou quoi ? Pas Magali ? C’est plutôt quoi ton style alors ?
Florian se retourne vers moi, les bras derrière la tête.
-Mon style ? On va dire, brun, avec les yeux bleus. Pas trop musclé mais avec des épaules carrées. Quoique j’aime beaucoup le type que je croise le matin en passant devant chez le coiffeur. Le nouveau est mignon à croquer.
Pardon ?
-T’es gay ?
-Est-ce que ça te choque ?
-Bien sûr que non, mais je pensais…
-Les nanas, j’ai déjà essayé. Mais moi, mon truc, c’est les mecs.
-Bah ça nous fait un point en commun alors !
-On chasse pas le même gibier ma chère.
-Gibier ? Mais tu es pire qu’Enek !
-Si tu savais…
31 mars 2007
Florian 8
Florian
Jamais vu Enek dans cet état. Complètement ravagé. Vraiment accro !
-Enek, je sais pas vraiment quoi te dire. Mais un conseil, tente pas la manière forte si tu veux te rapprocher d’elle.
Il reste silencieux un moment. Je me lève vaquer à quelques occupations quand j’entends la porte d’entrée. Je passe la tête par la porte pour saluer Sophie qui vient de rentrer.
-Florian !
-Voui ?
-Je l’appelle ou pas ? C’est trop tôt non ? Je l’appelle demain alors ? Pas cette nuit, il va penser que j’ai pas arrêté de penser à lui…
-Précise, je contextualise pas ton histoire là…
-Ce matin, j’ai rencontré un type… il m’a donné son numéro de téléphone. Un sourire à tomber…
-Putain ! Mais c’est la saison des chaleurs pour les nanas ou quoi, s’écrit Enek du salon d’où il n’a pas bougé.
-Et moi ? j’ai une tête de conseiller matrimonial ou quoi ? je ronchonne.
Sophie se retourne vers moi.
-Bah non, mais t’es un mec, et tu sais écouter les filles alors…
-Alors moi je dis, c’est pas normal, Florian, tu dois être homo.
Situation délicate… Moment opportun pour faire son coming out ? Entre un déprimé et une surexcitée ? Pas sûr…
27 mars 2007
Eneko 7
Enek
Une gifle. C’est ce que j’ai réussi à avoir en tentant de l’embrasser. Merde, j’étais accro ou quoi pour me laisser gifler sans réagir ? Je me suis écarté, lentement, et je suis sorti de sa chambre. Je me suis assis dans le salon et un quart d’heure après, j’entendais la porte de l’entrée qui claquait. Elle était partie chez son artiste. Ça m’a fait mal. J’aurais pu lui courir après. Mais à part une nouvelle gifle, je n’aurais pas obtenu grand-chose. Je suis resté planté comme un con dans le salon, jusqu’à ce que Florian rentre à l’appart.
-Lou ne rentrera pas ce soir, a annoncé Florian en posant son sac de cours dans sa chambre. Elle dîne chez Amélie.
-Ah bon, Amélie doit avoir une belle paire de couille alors…
-Pardon ? s’est étonné Florian.
-Elle est chez Damien. Elle est partie y a une demi-heure.
-Ah… Elle m’avait dit qu’elle allait chez son amie…
Florian s’est assis à côté de moi.
-Tu lui as parlé ? Elle te parle à toi, lui ai-je demandé.
-Tu veux qu’elle m’ai dit quoi ? Je ne sais pas si elle sort avec ce type.
-T’as un bon feeling avec les filles. Et Lou, elle t’aime bien. A croire que t’es homo.
Il est resté silencieux.
-Lou, elle n’aime pas que tu l’attaques par derrière. Elle préfère que tu l’écoutes que tu la vannes. Et toi, t’es dans la vanne, à outrance.
24 mars 2007
Lou 7
Lou
JE L’AI EMBRASSE !! Gros remord sur la patate… Pourquoi ? Parce que c’est totalement débile d’embrasser un gars que l’on ne peut pas supporter ! J’ai fuis la cuisine quand il est entré, alors que je me confiais à Florian, j’ai attrapé mon sac, sachant pertinemment qu’il me manquait la moitié de mes cours et je suis allée me réfugier à la fac.
Sur les coups de midi, j’ai eu un message de Damien…
« Si tu es libre ce soir, tu peux passer à l’atelier, j’ai quelques croquis à faire, si tu es d’accord… A + »
Réponse de la cruche que je suis :
« Je serai là vers 19h30. A ce soir »
J’ai décommandé Amélie.
-Ton artiste te demande ? Hum… si c’est pour être la muse de cet Apollon… Cours ma belle !
Le temps de passer très vite à l’appart pour me changer avant de repartir chez Damien, j’espérai ne trouver personne à l’appart. Pas de bol… Le hasard s’acharnait et j’ai croisé Enek.
-Tu sors ce soir ?
-Je vais chez Damien.
-Lou, fais gaffe s’il te plait.
J’ai enlevé mon pull col roulé et j’ai plongé dans mon armoire pour trouver quelque chose de décontracté… tout en étant assez habillé… mais pas trop aguicheur non plus… mais qui laisse la porte ouverte à des commentaires sympathiques… Enek était dans l’encadrement de ma porte, et me regardait jeter mes hauts sur mon lit au fur et à mesure.
-Je ne sais pas qu’elles sont tes intentions Enek, mais si tu voulais tenter quelque chose, il fallait le faire avant.
-Avant que tu rencontres ce type ?
-Oui.
-Je sais qu’il te plait, mais…
-Mais quoi ? Enek, tu peux me laisser me changer ?
Je me suis retournée, j’ai enlevé mon T-shirt et j’ai entendu la porte se refermer. Sauf que Enek était à l’intérieur de ma chambre.
-Enek, qu’est ce que tu fous ?
-Je réponds à ce que tu m’as dit hier.
Il s’est approché et m’a pris par la taille pour m’embrasser.
-Enek ! Eloigne-toi !
Sans savoir comment, la gifle est partie. Il m’a lâché tout de suite et recule, en me regardant dans les yeux.
-Alors tu as le droit de m’embrasser comme ça, et moi non ?
Je tremble un peu.
-Je… je n’avais pas réfléchi. C’était idiot de ma part.
Il se rapproche de moi.
-Moi j’ai bien aimé.
-Enek, j’ai rendez-vous avec Damien ce soir. Laisse moi me changer s’il te plait.
22 mars 2007
Sophie 7
Sophie
Il y a quelque chose que j’ai loupé… ? Enek est silencieux… pas normal !
-Je suis à la bourre, je rentrerais un peu tard ce soir, je vous expliquerais plus tard !
Coup d’œil à la montre. Merde, mais comment je me débrouille pour toujours être à la bourre quand j’ai du temps le matin ? Je vais encore me faire remarquer par le prof de civilisation…
J’accélère un peu le pas quand un vélo me frôle et fait tomber la bretelle de mon sac. Mon trieur glisse du sac se retrouve sur le trottoir, la moitié de mes cours gisant dans le caniveau. Je crois qu’un petit « connard » est sorti de ma bouche. Je me baisse pour ramasser tout ça, quand le type à vélo revient sur ses pas, pied à terre. Jeune homme, la vingtaine, baladeur sur les oreilles.
-Pardon, je suis désolé, ça va aller ?
-Non ! J’ai cours dans 5 minutes, et la moitié de mes cours ont pris la flotte, alors non ça ne va pas aller !
Il m’aide à rassembler les feuilles et me tend le paquer avec un petit sourire désolé. Un petit sourire désolé et charmant…
-Euh… je peux… je peux vous donner mon numéro, au cas où il y aurait besoin de ma signature pour prouver que vous auriez été à l’heure en cours ?
Nan ! Un dragueur, c’est bien ma veine ! Il griffonne vite fait un numéro de portable sur mon cours d’anglais et enfourche son vélo après m’avoir souhaité une bonne journée, et conseillé de courir sur le chemin.
Alors évidemment… je suis arrivée en retard, mais avec un sourire sur les lèvres.
19 mars 2007
Florian 7
Florian
Le lendemain, tout le monde s’est préparé dans son coin, et je me suis retrouvé à griller mes tartines face à Lou.
-Euh, tu rentres à quelle heure ce soir ?
-J’sais pas.
-Et tu finis à quelle heure ce midi, si tu veux qu’on déjeune ensemble ?
-Je n’aurais pas le temps d’aller au Ru, je mange avec une amie à la cafete.
Je m’assois en face d’elle, et je commence à tartiner consciencieusement mon bout de pain quand elle lève la tête.
-Je ne rentrerai pas manger ce soir. Je vais chez Amélie.
-D’accord, comme tu veux.
-Et si Enek demande où je suis, t’as qu’à lui dire que je suis avec Damien. Ça lui fera les pieds.
-Euh, là, Lou, je n’assumerai pas. C’est entre lui et toi, je ne veux pas faire l’intermédiaire.
-…
-…
-Florian…
-Oui ?
-Hier soir, je l’ai embrassé.
-Tu sors avec Damien ? Bah écoute, je trouve ça pas mal.
-Non, j’ai embrassé Enek.
-… ?
-Pour lui faire comprendre qu’il était con.
-Ah… tu embrasses un mec pour lui dire qu’il est con… Chacun sa technique, moi je lui colle mon poing dans le nez, mais la technique féminine est peut-être un peu plus douce…
-Florian… Enek est …
-Enek est quoi ? demande Enek en arrivant dans la cuisine
Lou a piqué un fard, et elle est sortie de table illico presto.
15 mars 2007
Eneko 6
Eneko
J’ai passé la soirée à guetter le bruit de ses clefs dans la porte. Envie de balancer à la tête de Florian et de Sophie qu’elle ne m’intéresse pas ! C’est vrai ! Mais ils se sont mis ça dans la tête. Lou, j’ai envie qu’elle ne se fasse pas avoir par un artiste à la noix. J’ai envie… je ne sais pas… Elle arrive ! Elle arrive !
Air détaché.
-T’as fait du rab ?
-Enek, je t’aime bien, mais je suis vannée, j’ai encore un chapitre de théâtre à lire pour le cours de demain, et je sens que si je te raconte ma soirée, ça va pas te plaire.
-Il n’a pas fait que te dessiner, non ?
Elle me regarde d’un air fatigué.
-Il est charmant, il me plait, et on compte se revoir. Enek ? Tu voulais quoi ? Que je reste éternellement ton sujet de vanne à l’appart ? J’ai le droit d’avoir une vie. Tu ne dis rien à Sophie, alors pourquoi tu t’acharnes sur moi ?
Elle fait une pause.
-On ne connaît pas ce type, je dis.
-Pardon ? C’est ça ton excuse ? Tu ne connais pas le centième des gens que je connais, et c’est réciproque.
Je commence à bredouiller quelque chose mais elle s’approche de moi et déclare :
-Enek, la seule chose qui pourrait expliquer ton comportement, c’est s’il y avait eu ça entre nous.
Elle m’embrasse sur les lèvres et se recule.
-Mais ce n’est pas le cas. Alors, laisse moi tranquille et laisse moi vivre ma vie.
Elle m’a embrassé. Comme ça. Pour me prouver que j’étais un con. Un con…